Les projets échouent rarement à cause des outils ou des méthodologies.
Ils échouent à cause des hommes ou plutôt, à cause de ce qu’on ne prend pas le temps de comprendre chez eux.
J’ai commencé mon parcours en Côte d’Ivoire, je l’ai poursuivi en Belgique, et je le continue aujourd’hui entre la France et l’Afrique. Cette trajectoire m’a offert quelque chose que les certifications ne donnent pas : le sens du contexte. Ce que le terrain m’a confirmé à chaque étape, aucun référentiel ne me l’aurait enseigné aussi concrètement la culture n’est pas un paramètre à gérer. C’est le cœur du projet.
Arrêtez de mettre les gens dans des cases
On nous apprend à cartographier les parties prenantes, à anticiper les résistances, à identifier les profils. Ce sont des outils utiles, je ne dis pas le contraire. Mais il y a un piège dans lequel tombent même les chefs de projet expérimentés : croire que comprendre un rôle, c’est comprendre une personne.
Sur le terrain, les gens ne se comportent pas comme leur fiche de poste. Leurs motivations sont plus complexes, leurs silences plus parlants que leurs prises de parole en réunion. Le bon chef de projet est celui qui apprend à lire ce qui ne se dit pas.
Le jour où j’aurais pu changer toute l’équipe.
En Côte d’Ivoire, j’ai piloté le déploiement de la norme ISO 9001 au sein d’un service achats. Sur le papier, j’avais tous les pouvoirs y compris celui de recomposer entièrement l’équipe si le projet n’avançait pas. C’est une position confortable en apparence. En réalité, c’est plus complexe que ça.
J’ai rapidement senti que quelque chose n’allait pas avec l’équipe. Ce n’était pas de l’incompétence, encore moins de la mauvaise volonté. C’était plus subtil, plus humain. Je suis donc allé voir chacun, individuellement. Et ce qui en est ressorti était simple : ces personnes ne manquaient pas d’engagement elles manquaient de visibilité. Elles ne se sentaient pas suffisamment présentes dans le projet.
J’aurais pu les remplacer. J’ai choisi de les mettre au service du projet.
Concrètement : des responsabilités claires confiées à chacun, des tâches sur lesquelles ils pouvaient exister et être reconnus.
Le projet a abouti. Pas malgré l’équipe, grâce à elle.
Quand la diversité devient une ressource.
Quelques années plus tard, en Belgique, j’ai facilité les travaux d’un comité régénératif, un espace de réflexion collective réunissant une dizaine de personnes aux profils radicalement différents : des CEO, des experts métier, des universitaires, et des jeunes issus de parcours de vie plus chaotiques. Rien ne les prédisposait à travailler ensemble. Tout les séparait le vocabulaire, les codes, les références, la façon même de concevoir ce qu’est une « bonne idée ».
Et pourtant, ce projet est l’un de ceux dont je suis le plus fier.
Non pas parce qu’il s’est déroulé sans friction, mais parce que les frictions ont été mises au service du résultat. Chaque profil apportait un angle que l’autre n’avait pas. Le CEO voyait le système. Le jeune voyait la réalité du terrain. L’universitaire posait le cadre. Mon rôle de facilitateur consistait à faire en sorte que chacune de ces voix soit entendue, sans qu’aucune n’écrase les autres.
C’est là que j’ai compris une chose simple :
La diversité ne se manage pas. Elle se cultive.
Ce que mon expérience terrain m’a apprise.
- Observez avant d’agir. Les premières semaines sur un projet multiculturel ne sont pas perdues si vous ne livrez rien, Elles sont un investissement si vous comprenez vos équipes. L’observation est un acte de management à part entière.
- Le one-to-one n’est pas optionnel. Une réunion collective dit ce que les gens acceptent de montrer. Un entretien individuel dit ce qu’ils ressentent vraiment. C’est là que se gagne ou se perd l’alignement d’une équipe.
- Cherchez l’intérêt, pas la compétence. Quand un projet bloque, la question n’est pas « qui dois-je remplacer ? » mais « qu’est-ce que ces personnes n’ont pas encore trouvé dans ce projet ? ». L’engagement se construit il ne se décrète pas.
- La diversité n’est pas un risque à mitiger. C’est un levier à activer. Les profils différents ne ralentissent pas un projet bien conduit, ils l’enrichissent. Encore faut-il créer les conditions pour que chaque voix puisse exister.
Pour conclure
Le chef de projet multiculturel n’est pas celui qui maîtrise le plus de frameworks. C’est celui qui sait entrer dans une salle, sentir ce qui s’y passe, et ajuster sa posture en conséquence. Il est au service du projet et, de facto, dans le prolongement, au service des hommes qui le font vivre.
Le terrain est la réalité qui prévaut. Tout le reste est de la préparation.
Bethy Jean Philippe N’GUESSAN

Bethy Jean Philippe est un consultant international et Project Leader certifié PMP®, fort de 8 ans d’expérience en excellence opérationnelle, achats, supply chain et RSE. Il intervient activement comme Advisor auprès de dirigeants d’entreprise pour piloter la transformation, la performance durable et la digitalisation d’organisations complexes, notamment pour de grands groupes.
Son expertise s’appuie sur un triple cursus académique de premier plan, comprenant un Master de l’IUA, un Master de l’UCL-LSM et un Mastère Spécialisé de KEDGE Business School. Également engagé dans l’écosystème entrepreneurial et associatif, il est cofondateur de plusieurs structures, préside un club de cadres et est l’auteur de l’ouvrage « J’ai survécu aux achats : Confessions d’un ex-acheteur ».

















































